Pourquoi la transformation est inévitable ?

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Les modèles d’adoption d’une technologie

La transformation numérique est inévitable, et a même déjà été initiée depuis longtemps. Marco Iansiti et Karim R. Lakhani, deux professeurs de Harvard Business School, nous expliquent qu’il faut tout d’abord s’intéresser à ce que nous savons déjà sur l’adoption d’une technologie. Notamment sur le processus de transformation spécifique à d’autres technologies fondamentales. L’un des exemples les plus pertinents est l’informatique distribuée en réseau, née avec l’adoption des protocoles TCP/IP (Transmission Control Protocol/Internet Protocol). Des protocoles qui ont jeté les bases du développement d’Internet.

Introduits en 1972, les protocoles TCP/IP ont d’abord pris de l’ampleur dans le cadre d’une seule application ; comme support de messagerie par e-mail pour les chercheurs du département de la Défense des Etats-Unis sur le réseau Arpanet, précurseur de l’Internet commercial.

Avant les protocoles TCP/IP, l’architecture des réseaux de télécommunications était fondée sur la « commutation des circuits ». Un système au sein duquel les connexions entre les deux utilisateurs ou deux machines devaient être établies préalablement et maintenues pendant toute la durée de l’échange. Pour assurer la communication entre deux nœuds quelconques, les fournisseurs de services télécoms et les fabricants d’équipements avaient investi des milliards dans la construction de lignes dédiées.

Les protocoles TCP/IP ont alors bousculé ce modèle en créant un réseau public, ouvert et partagé sans aucune autorité centrale ni responsable de sa maintenance et de son amélioration. À la fin des années 80, début 90, un nombre croissant d’entreprises, comme Sun, NeXT, Hewlett-Packard et Silicon Graphics, ont eu recours aux protocoles TCP/IP. En partie pour créer des réseaux privés localisés au sein des organisations. Elles ont alors mis au point des briques technologiques et des outils qui ont étendu son utilisation bien au-delà des e-mails, entraînant progressivement le replacement des technologies et des standards des réseaux locaux plus traditionnels : Des gains de productivité spectaculaires ont alors été constatés.

Les protocoles TCP/IP ont fait irruption côté grand public avec l’avènement du « World Wide Web » au milieu des années 90 et rapidement, de nouvelles entreprises technologiques ont vu le jour pour en fournir la « plomberie » (hardware, software, et les services nécessaires pour se connecter au réseau désormais ouvert au public et échanger des informations). Netscape commercialisait des navigateurs, des serveurs web, ainsi que d’autres outils et composants qui accompagnaient le développement et l’adoption des services et des applications Internet. Tandis que Sun conduisait le développement de Java, un langage de programmation d’applications. Avec la croissance exponentielle de l’information sur le Web sont alors nées Infoseek, Excite, AltaVista et Yahoo!, afin de guider les utilisateurs sur la toile.

Lorsque cette infrastructure de base a acquis une masse critique, une nouvelle génération d’entreprises a tiré parti de cette connexion à bas coût en créant des services Internet qui étaient des substituts convaincants aux business existants. Le site d’information CENT a mis les actualités en ligne, Amazon a créé une offre de livres plus importante que n’importe quelle autre librairie tandis que Priceline et Expedia ont facilité l’achat de billets d’avion et introduit une transparence sans précédent dans cette opération. La capacité de ces nouveaux venus à couvrir un vaste marché pour un coût relativement bas a logiquement exercé une pression considérable sur les entreprises traditionnelles comme les journaux et les points de vente physiques. En s’appuyant sur le très large accès à Internet, la vague suivante d’entreprises a généré des applications nouvelles, transformatrices, qui modifiaient fondamentalement la manière dont les entreprises créaient et captaient de la valeur. Ces sociétés étaient fondées sur une architecture « pair à pair » et produisaient de la valeur en coordonnant des réseaux décentralisés d’utilisateurs. Ainsi Ebay a révolutionné la vente en ligne par le biais des enchères. Napster a bousculé l’industrie de la musique. Skype a fait évoluer les télécommunications. Google a transformé la recherche sur le web en exploitant les liens générés par les utilisateurs pour fournir des résultats pertinents.

Il a finalement fallu plus de trente ans pour que les protocoles TCP/IP franchissent toutes ces étapes – application unique, usage localisé, substitution et transformation – et remodèlent l’économie.

De nos jours, plus de la moitié des plus grandes capitalisations boursières du monde ont des business models liés à Internet et fondés sur les plateformes. Les fondements mêmes de notre économie ont changé. La surface physique et la propriété intellectuelle exclusive ne garantissent plus des avantages imbattables. De plus en plus, les leaders économiques sont des entreprises qui se positionnent comme des « clés de voûte », organisant, influençant et coordonnant de manière proactive de vastes réseaux de communautés, d’utilisateurs et d’organisations.

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La nouvelle architecture

La blockchain a vu le jour en octobre 2008 dans le cadre d’une offre de monnaie virtuelle, le bitcoin. Un système permettant de mettre de la monnaie en circulation, de procéder à des transferts de propriété et de confirmer des transactions. Le tout sans autorité centrale. Le bitcoin est la première application de la technologie blockchain.

Les parallèles entre la blockchain et les protocoles TCP/IP sont évidents. De la même façon que l’e-mail rend possible l’envoi de messages bilatéraux, le bitcoin rend possible les transactions financières bilatérales.

Le développement et la maintenance de la blockchain sont ouverts, décentralisés et partagés – comme ceux des protocoles TCP/IP. Une équipe de volontaires répartis dans le monde entier assure l’entretien du logiciel de base. Et, comme l’e-mail, rend possible l’envoi de messages bilatéraux, le bitcoin rend possible les transactions financières bilatérales. Et, comme l’e-mail, le bitcoin a acquis sa popularité grâce à une communauté relativement réduite mais très enthousiaste.

Les protocoles TCP/IP ont libéré une nouvelle valeur économique en abaissant considérablement le coût des connexions. De la même manière, la blockchain pourrait réduire considérablement le coût des transactions. Cette technologie a le potentiel pour devenir le système d’enregistrement de toutes les transactions.

Si cela se produisait, l’émergence de nouvelles sources d’influence et de contrôle procédant de la blockchain soumettrait une fois encore l’économie à un changement radical. Pour toute entreprise, l’enregistrement continu des transactions est une des fonctions principales. Ces enregistrements gardent la trace des opérations et des performances passées, et guident la planification des objectifs futurs. Ils fournissent un aperçu non seulement du fonctionnement interne de l’entreprise, mais aussi de ses relations extérieures. Chaque organisation tient ses propres registres, et ceux-ci sont privés. Nombreuses sont les entreprises qui ne disposent pas de registre général concernant l’ensemble de leurs activités. Des registres distincts sont conservés au sein des unités et des fonctions internes.

Le problème ? Rapprocher les transactions des registres individuels et privés prend beaucoup de temps et présente un risque d’erreurs.

Par exemple, une transaction boursière courante peut être exécutée en quelques microsecondes, souvent sans intervention humaine. Cependant, le règlement – le transfert de propriété des titres – peut nécessiter jusqu’à une semaine entière. C’est parce que les parties n’ont pas accès à leurs registres respectifs et ne peuvent donc pas vérifier automatiquement que les actifs existent bien et peuvent être transférés. Au lieu de quoi, une série d’intermédiaires servent de cautions pendant que l’enregistrement de la transaction s’opère au sein des organisations et que les registres sont mis à jour un par un.

Dans un système blockchain le registre est reproduit dans un grand nombre de bases de données identiques, chacune hébergée et entretenue par une des parties intéressées. Lorsque des modifications sont consignées sur une des bases de données, toutes les autres bases sont simultanément mises à jour. Ainsi, en même temps que se font les transactions, la notification des valeurs et des actifs échangés est inscrite de manière définitive dans tous les registres. Nul besoin d’un intermédiaire tiers pour vérifier ou pour transférer les titres de propriété. Si une transaction boursière est effectuée sur un système fondé sur la technologie blockchain, elle sera réglée en quelques secondes, en toute sécurité et de façon vérifiable (les piratages tristement célèbres qui ont frappé les échanges de bitcoins ont mis en évidence les faiblesses propres non pas à la blockchain elle-même, mais aux systèmes distincts liés à certains utilisateurs de la blockchain).

Un schéma d’adoption de la Blockchain

Si le bitcoin s’apparente aux premiers e-mails, la blockchain devra-t-elle patienter des décennies avant d’atteindre son plein potentiel ? Il est fort probable que la réponse soit un « non nuancé » : À moins d’avoir une boule de cristal il est impossible de prédire exactement la durée de la transformation, mais l’on pourrait deviner quels types d’applications seront les premières à gagner du terrain et comment la blockchain en viendra finalement à être largement adoptée.

Toujours selon l’analyse de Marco Iansiti et Karim R. Lakhani, l’histoire suggère que deux paramètres influent sur l’évolution d’une technologie fondamentale et des applications qui en découlent :

le premier est la nouveauté, c’est-à-dire le degré de nouveauté de l’application proposée au public : plus elle est novatrice, plus importants seront les efforts nécessaires pour faire comprendre aux utilisateurs les problèmes qu’elle résout ;

le second paramètre est la complexité telle que la définit le niveau de coordination requis dans l’écosystème considéré, soit le nombre et la diversité des parties qui doivent travailler ensemble pour produire de la valeur à partir de cette technologie. Un réseau social limité à un seul membre n’a par exemple guère d’utilité ; il ne devient intéressant que si un nombre important de vos contacts l’ont rejoint. Il est nécessaire de rallier d’autres utilisateurs de l’application pour générer de la valeur pour tous les participants, il en sera de même pour bon nombre d’applications de la blockchain. Et, à mesure que ces applications gagneront en ampleur et en impact, leur adoption exigera des changements institutionnels importants.

Ils ont alors élaboré un schéma, divisé en quadrants, caractérisant certaines innovations selon ces deux paramètres contextuels (cf encadré).

Comment s’implantent les technologies fondamentales ? 

L’adoption des technologies fondamentales se fait généralement en quatre phases. Chaque phase se caractérise par la nouveauté des applications qui en découlent et la complexité des efforts de coordination nécessaires pour rendre ces applications réalisables. Celles qui présentent un degré de nouveauté et de complexité assez bas seront acceptées en premier. En revanche, si le degré de nouveauté et de complexité des applications est élevé, celles-ci se développent logiquement sur des dizaines d’années mais sont à même de transformer l’économie. La suite de protocoles TCP/IP, introduite par le réseau Arpanet en 1972, est déjà parvenue à la phase de transformation, mais les applications de la blockchain (en rouge) n’en sont qu’à leurs débuts.

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USAGE UNIQUE

Dans le premier quadrant, des applications présentant un faible niveau de nouveauté et de coordination, offrant de meilleures solutions, moins coûteuses et très ciblées. L’e-mail, alternative bon marché aux appels téléphoniques, au fax et au courrier postal, était une application à usage unique pour les protocoles TCP/IP (même si sa valeur s’est accrue en même temps que le nombre d’utilisateurs).

Le bitcoin trouve également sa place dans ce quadrant : même à ses débuts, il a offert une valeur immédiate aux quelques personnes qui l’utilisaient comme une méthode alternative de paiement. Il peut être considéré comme une forme complexe d’e-mail apte à transférer non seulement de l’information mais aussi de la valeur réelle.

LOCALISATION

Le second quadrant comprend des innovations dont le caractère novateur est relativement important, mais qui ne requièrent qu’un nombre limité d’utilisateurs pour créer de la valeur immédiate, ce qui facilite leur adoption. Si le développement de la technologie blockchain suit la même voie que celle empruntée par les technologies du réseau au sein des entreprises, on peut s’attendre à ce que les innovations qu’elle propose s’appuient sur des applications à usage unique pour créer des réseaux privés localisés auxquels de multiples entreprises seront connectées par l’intermédiaire d’un registre décentralisé, notamment dans le secteur des services financiers ou encore dans le cadre de petits réseaux d’entreprises, de sorte que la coordination requise reste modeste.

Le NASDAQ travaille par exemple avec chain.com, l’un des nombreux pourvoyeurs d’infrastructures blockchain, pour proposer une technologie permettant de traiter et de valider des transactions financières. Bank of America, JPMorgan, Le New York Stock Exchange, Fidelity Investments et Standard Chartered mais également des banques françaises telles que Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole expérimentent la technologie blockchain pour remplacer les transactions manuelles sur papiers dans plusieurs domaines : le financement commercial, les opérations de change, les règlements transfrontaliers et le règlement des opérations sur titres, et la Banque du Canada teste une monnaie numérique, le CAD-coin, pour les virements interbancaires, tandis que la Banque Centrale de Suède, avec le e-krona est en passe de devenir – alors qu’elle est la plus ancienne au monde – la première banque du monde à lancer sa propre monnaie numérique. Il faut s’attendre à voir proliférer, dans des secteurs d’activités variés, les blockchains privées servant des objectifs spécifiques.

SUBSTITUTION

Le troisième quadrant contient des applications au caractère novateur assez limité, car elles sont fondées sur des applications à usage unique et localisées existantes, mais aux besoins de coordination élevés car elles supposent d’être utilisées de plus en plus largement par un public sans cesse croissant. Ces innovations ont pour objectif de modifier des pans entiers de la manière dont on fait des affaires. Leur adoption, toutefois, se heurte à de sérieux obstacles.

Non seulement, elles nécessitent plus de coordination, mais les process qu’elles espèrent remplacer sont parfois encore florissants et profondément implantés dans les entreprises et les institutions.

Les crypto-monnaies sont des substituts : ce sont des systèmes monétaires nouveaux, entièrement structurés, dérivant de la technologie de paiement simple telles que l’exemple du bitcoin. La différence essentielle étant que la crypto-monnaie se doit d’être adoptée par toutes les parties impliquées dans les transactions monétaires, ce qui revient à défier les gouvernements et les institutions qui gèrent et supervisent ces transactions depuis longtemps. Les utilisateurs doivent aussi changer de comportement et comprendre comment tirer parti du potentiel de la crypto-monnaie.

TRANSFORMATION

C’est dans le quatrième quadrant que l’on trouve les applications les plus novatrices qui, si elles rencontrent le succès, sont susceptibles de transformer la nature même des systèmes économiques, sociaux et politiques. Elles supposent de coordonner les activités de nombreux acteurs et d’obtenir l’accord des institutions concernant les standards et les process. Leur adoption requiert un changement social, juridique et politique majeur.

Les smart contracts (« contrats autonomes ») sont le plus important potentiel de transformation à l’heure actuelle.Ils automatisent les paiements et les transferts de devises ou d’autres actifs une fois les conditions de négociation remplies. Par exemple, un smart contract pourrait déclencher un ordre de paiement à un fournisseur dès la livraison d’une marchandise.

Une entreprise pourrait signaler, par le biais de la blockchain, la réception d’une marchandise donnée –ou le produit en question pourrait être équipé d’une fonction GPS qui, automatiquement, enregistrerait son nouveau positionnement qui, à son tour, déclencherait un ordre de paiement. Des contrats de ce type, qui s’auto-exécutent, ont déjà fait l’objet d’expérimentations dans les domaines du financement d’entreprises, de la banque et de la gestion des droits numériques.

Les conséquences sont bien sûr fascinantes ; les entreprises sont bâties sur des relations contractuelles, de leur création aux relations acheteurs-fournisseurs en passant par les relations avec leurs collaborateurs.Si les contrats sont automatisés, qu’adviendra-t-il des structures et des process traditionnels des entreprises, ainsi que des intermédiaires que sont les avocats et les comptables ? Et qu’en sera-t-il des managers ? Leurs rôles changeront radicalement. Toutefois, il faudra des décennies avant que l’adoption des smart contracts ne se généralise réellement, un travail considérable de coordination et de clarification est nécessaire en matière de conception, de contrôle, de mise en œuvre et d’exécution des smart contracts.

Pour résumer…

Quel que soit le contexte, il y a de fortes chances pour que la technologie blockchain ait une incidence sur n’importe quel secteur d’activité. Toute la question est de savoir quand. Tout le monde le dit : la blockchain va révolutionner l’économie. Mais cela nécessitera nettement plus de temps que beaucoup l’avancent. Comme les protocoles TCP/IP (sur la base desquels a été construit Internet), la blockchain est une technologie fondamentale qui exigera une très large coordination. Le niveau de complexité – technologique, de régulation et social entre autres – sera sans précédent. L’exemple de l’adoption des protocoles TCP/IP laisse cependant entrevoir un développement assez prévisible de la blockchain. Si l’aventure va prendre des années, les entreprises ont cependant intérêt à s’y préparer dès maintenant.

Comprendre cette technologie, mais aussi identifier les défis, besoins et problématiques de chaque industrie, afin d’offrir une infrastructure privée, confidentielle et applicable à tous est la mission de SGAT. Au travers de notre écosystème et grâce à notre boîte à outils sur mesure, nous souhaitons offrir une infrastructure puissante et évolutive, adaptée et modélisée aux besoins spécifiques de tous les secteurs.

La vraie promesse de la blockchain, ce qu’elle va apporter, c’est la confiance partagée : les tiers de confiance pourront être remplacés par ces livres distribués plus justes, plus transparents et moins coûteux. En fait, à l’instar d’autres révolutions industrielles comme la locomotive à vapeur ou internet, la blockchain va modifier structurellement la société.

SGAT a l’ambition d’être un acteur puissant dans cette transformation, en développant sa propre blockchain et sa propre crypto-monnaie, ainsi qu’une surcouche applicative pré-blockchain. Cette plateforme englobera l’en- semble des services et applications développés par SGAT. Ces services seront focalisés sur les smart-contracts pour, in fine, avoir des applications concrètes, utiles à tous au quotidien, et en toute confiance.

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